Le saint Sacrement

La coupe du sang

Peu après sa naissance, lors de sa circoncision, Jésus verse pour la première fois son Sang pour l’humanité. En cet instant intime, Marie offre elle-même son Fils au Père pour le salut des hommes, préfigurant le sacrifice du Calvaire. Trente-trois ans plus tard, Jésus offre à ses disciples, réunis au Cénacle, «le vin de l’Alliance nouvelle et éternelle» : «Buvez-en tous, car ceci est mon sang […] versé pour la multitude en rémission des péchés» (Mt 26, 28). «Vous le savez, écrira saint Pierre, ce n’est pas par des biens corruptibles que vous avez été rachetés […] mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ» (1 P 1, 19). Les Hébreux avaient déjà marqué avec le sang de l’agneau les portes de leurs maisons, à la demande de Moïse, la nuit de la Pâque, pour protéger leurs premiers-nés de l’Ange de la Mort.

Immédiatement après la Cène, saisi de frayeur devant l’acte qui l’attend, et de tristesse devant les péchés et l’ingratitude des hommes à travers les siècles, Jésus laisse perler une sueur de sang. Méditant sur ce mystère, Pascal osera faire dire au Seigneur en pensant à chacun de nous : « Pour toi, j’ai versé telle goutte de sang. » Ce glorieux Sang ne cessera plus de couler : flagellation, couronnement d’épines, crucifixion des pieds, des mains, et enfin transpercement du divin Cœur, par la lance du soldat…

Qui pourrait alors s’étonner que, dès ses premiers instants, l’Église naissante au Calvaire ait voué un culte au Sang de l’Agneau innocent qu’elle venait de voir mourir sous ses yeux ? Qui pourrait douter que la Vierge Marie, saint Jean et Marie Madeleine aient recueilli ce divin baume, en conservant les linges imbibés – et d’abord le Saint Suaire, qui en est la plus insigne relique en raison du «Sang divin dont il est teint», rappelait le pape Sixte IV (1471-1484) qui réclama qu’elle reçoive les hommages dus à la Croix.

Au cours de la messe, le sacrifice du Christ est renouvelé et par le pain, transformé en son corps, et par le vin, transformé en son sang.

Venez ! Adorons ce précieux sang : « Ô Sang Très Précieux de Notre Seigneur Jésus-Christ, source de la vie éternelle, prix et rançon de l’univers, bain sacré de nos âmes, qui défendez sans cesse la cause des hommes près du Trône de la Suprême Miséricorde, je vous adore profondément. »

Ensemble, allons à cette source sacrée. Venez. Buvons.

Abbé Philippe de Maistre