Le grand abîme

Ne vous êtes-vous jamais posé la question : Si Dieu est amour, comment peut-il envoyer des hommes en enfer ?

Saint Thomas d’Aquin n’y va pas par quatre chemins. Il renverse le raisonnement et ose cette affirmation qui pourrait paraître paradoxale, voir scandaleuse : c’est justement parce que Dieu est amour que l’enfer existe !

Essayons de comprendre… Dieu offre son salut à tous les hommes. Mais pourrait-Il l’imposer ? Ne serait-ce pas contradictoire ? Car si l’amour se PROPOSE, jamais – Ô grand jamais – Il ne S’IMPOSE. Un amour qui s’imposerait à nous ne serait plus amour tout simplement.

L’amour suppose donc qu’on puisse lui dire NON. Et une fois notre âme séparée de notre corps, ce NON sera définitif et sans appel.

N’est-ce pas ce qui fait le drame de Dieu ? Lui qui a tout mis en œuvre pour offrir aux hommes son amour, jusqu’à livrer son propre Fils. Mais l’homme, être créé libre, à la redoutable capacité de dire Non à ce Salut offert. Et de dire Non pour toujours.

C’est dans cette lumière qu’il convient de comprendre le mystérieux « grand abîme » dont parle la parabole du parure Lazare et du riche : « un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer (de chez les sauvés) vers vous (les damnés) ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous ». Ce « grand abîme » n’a pas été creusé par Dieu mais bien par ceux qui se sont volontairement et obstinément écartés de lui et des pauvres qui frappaient à leur porte.

Pour combler ce grand abîme que nous creusons nous-mêmes autour de nous, Dieu nous tend la main sans cesse, jusque-au soir de notre vie terrestre. Mais si nous la refusons, Il n’aura d’autre choix, alors que nous rendrons l’âme, que de nous abandonner à notre triste sort.

Un seul OUI de notre part suffit. Ne le Lui refusons pas.

Abbé Philippe de Maistre