Berger ou agneau ?…
Le secret du bon pasteur

 

Jamais je n’oublierai les messes célébrées par saint Jean Paul II auxquelles j’eus le privilège d’assister. Sa ferveur était saisissante. Mais plus que tout, un détail m’avait frappé : le Pape ne s’habillait pas lui-même. Étendant docilement les bras, il se laissait revêtir des ornements liturgiques. C’est à un des servants qu’il re-venait d’attacher le cordon – symbole d’obéissance et d’esprit de service – au-tour de ses reins.

Il y a là une allusion aux paroles de Jésus à Simon-Pierre : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »

Au fond, en se laissant habiller par un autre, le Pape fait le contraire de Napoléon. L’empereur n’avait « ni Dieu ni maître ». C’est pourquoi, il saisit fièrement la couronne que personne – fût-il souverain Pontife en la personne de Pie VII présent à Notre Dame de Paris pour l’occasion – ne pouvait lui remettre.

Le Pape, quant à lui, n’est chef que parce qu’il obéit. Il n’est le berger des brebis que parce que lui-même est un agneau. Un agneau qui suit docilement Jésus, son maître. Lequel maître est lui-même « l’agneau de Dieu qui porte le péché du monde » et obéit en tout à son Père.

Tel est le secret de l’autorité dans l’église. On n’y est berger que parce qu’on est avant tout agneau. L’obéissance que les évêques et prêtres promettent au jour de l’ordination trouve la tout son sens. Une obéissance qui fait d’eux « les premiers fidèles de la religion qu’ils prêchent », ainsi qu’aimait à le dire Saint Jean Eudes.

Pas d’autorité donc sans docilité. Telle est l’alchimie secrète que seul l’Esprit Saint peut réaliser. C’est bien pourquoi il faut prier pour les pasteurs, Pape, évêques et prêtres : qu’ils soient agneaux avant d’être – et pour être – bergers.


                                                                                                Abbé Philippe de Maistre+