Du sel… pas du miel ni de la confiture !

« Vous êtes le sel de la terre » nous dit Jésus. Notez qu’il ne dit pas : « vous êtes le sucre »… Le sucre flatte le palais mais il ne relève pas le goût du plat, contrairement au sel.

Parfois nous préfèrerions être le sucre… N’est-ce pas la tentation des chrétiens ? Donner des sucreries au monde pour se faire accepter de lui, comme des parents gâtant leurs enfants pour ne pas leur déplaire… Affadir l’évangile par une prédication aseptisée et politiquement correcte. Une tentation dénoncée en son temps par Bernanos : « Pas plus qu’un homme, une chrétienté ne se nourrit de confitures. Le bon Dieu n’a pas écrit que nous étions le miel de la terre, mon garçon, mais le sel. Or, notre pauvre monde ressemble au vieux père Job sur son fumier, plein de plaies et d’ulcères. Du sel sur une peau à vif, ça brûle. Mais ça empêche aussi de pourrir ! »

« Je vois l’Eglise comme un hôpital de campagne après une bataille, disait le Pape François peu après son élection… Nous devons soigner les blessures… » Pour soigner les blessures, deux actions sont nécessaires, inséparables l’une de l’autre :

Cautériser la plaie. C’est le rôle du sel qui brûle mais nettoie de peur que la blessure ne s’infecte. Pour l’Eglise, il s’agit de nommer le mal et le péché qui infectent le monde. Sans complaisance. C’est une étape qui la rend souvent impopulaire, comme le dentiste qui arrache la dent pour éviter que la carie ne s’attaque à l’os.

Et dans un deuxième temps, la plaie ainsi assainie pourra recevoir l’onguent et le baume de la miséricorde. Avec une infinie délicatesse. Mais à condition que la première étape ait été honorée, sans quoi cette prétendue délicatesse ne ferait qu’aggraver le mal en l’aseptisant.

Ne séparons donc pas ce que Dieu a uni : « Amour et vérité se rencontre, justice et paix s’embrassent » dit le Psaume. L’Eglise est au monde ce que l’âme est au corps, renchérissaient les premiers chrétiens. Le corps fait bien souvent la guerre à l’âme mais, sans elle, le corps ne pourrait vivre…

Notre position n’est pas facile à tenir. Aimer le monde ne signifie pas vouloir le gâter mais le soigner. Souvenez-vous : nous sommes le sel de la terre, pas le miel ni la confiture…

 Abbé Philippe de Maistre