ÉDITO du 21 mars 2021 – 5ème dimanche de carême

Une église voilée

Comme vous avez pu le constater, en ce 5ème dimanche de carême qui ouvre la semaine dite « de la passion », notre église offre un visage austère et déconcertant : crucifix, statues et images de saints, à l’exception des tableaux du Chemin de Croix, sont recouverts d’un voile violet, opaque et sans aucune broderie.

Revêtue de ses habits de deuil, l’Église se dispose à suivre Jésus pas à pas sur le chemin qui le conduira au Golgotha. Tel est le sens de la Semaine Sainte qui suivra: revivre les événements de la Passion du Seigneur jour par jour, puis heure par heure, jusqu’à la crucifixion, le Vendredi saint, date à laquelle le voile sera alors enlevé solennellement des crucifix.

Même le beau visage de la Vierge Marie, même la carrure de notre vigoureux Saint Joseph, sont ainsi voilés. Les cierges ont disparu aux aussi. Le culte des saints s’interrompt pour se concentrer sur Jésus seul, à l’heure où il s’avance vers sa Passion. Quant aux autels, ils sont également privés de toute décoration florale.

Rien ne saurait distraire de la pensée de la Passion du Christ. Si jusqu’ici le Carême a été le temps de la conversion et du renouvellement de la vie spirituelle, le temps de la Passion est spécialement consacré au souvenir des souffrances du Christ.

Le Vendredi saint, le crucifix voilé fera son entrée solennelle dans l’église. Il s’arrêtera par trois fois. Et à chacune de ces stations, le prêtre lèvera un côté du voile en chantant « Ecce lignum Crucis in quo salus mundi pependit »  — « Voici le bois qui a porté le salut du monde » — et les fidèles répondront « Venite adoremus » — « Venez, adorons-le ».

Ces mêmes stations seront parcourues à nouveau par le prêtre lors de la Vigile pascale. Non plus avec le Crucifix, mais avec le Cierge pascal. Aux mêmes stations, le prêtre s’arrêtera et chantera : « Lumière du Christ » et la foule répondra joyeusement : « Nous rendons grâce à Dieu ! » Au même instant les images et les statues seront alors dévoilées et illuminées à nouveau.

Telle est la grande liturgie de l’Église.  Et que dire de la « liturgie domestique », c’est-à-dire de la prière à la maison et en famille ? Pourquoi ne pas voiler les images qui entourent votre coin prière et l’illuminer à nouveau au retour de la Vigile pascale ?

Abbé Philippe de Maistre

 

 

ÉDITO du 19 mars 2021

Solennité de Saint Joseph, époux de la Vierge Marie

Il est vrai que nous en sommes fiers de «notre» Saint Joseph!

Je veux parler de la statue qui trône dans notre église à droite du chœur. De loin, il fait impression ! Juché en hauteur sur son piédestal. Sculpté d’un bloc dans le chêne. Une carrure de rugbyman. Des bras musculeux. L’énergie brute surgissant de l’arbre qui, dans notre culture, symbolise la force et l’autorité. Tout cela pourrait effrayer… Mais approchez-vous. Contemplez son visage. Contemplez ses yeux et le sourire esquissé sur ses lèvres. Le regard, d’une extrême douceur est aimanté par l’enfant qui repose sur ses grosses paluches de charpentier. Toute la force de cet homme viril est aspirée par la tendresse du regard . La force se marierait-elle avec la douceur ? C’est bien ce qu’exprime cette merveilleuse statue. Non seulement la force ne s’oppose pas à la douceur mais elle semble en être la condition.

Il faut en effet être fort pour être doux.

Comprenons bien. Et envisageons celui qui est l’antithèse de Joseph, Adam, le premier homme. Dieu ne lui avait-il pas donné comme mission de « garder et cultiver » le jardin, puis de « nommer les animaux et de dominer la création » ? Qui dit « garder » signifie s’engager et combattre pour repousser d’éventuels intrus. Et c’est ce qu’Adam ne fera pas au moment où l’intrus par excellence, le serpent, s’immiscera dans le jardin. Adam fait donc preuve d’une faiblesse coupable à l’égard du serpent. Négligeant de dominer l’antique ennemi, Adam en finira par dominer celle qui est à ses côtés. Quelle inversion diabolique !

Eve était la seule créature que Dieu ne lui demandait pas de dominer mais d’aimer et de servir. Adam aurait dû être fort contre le serpent et doux avec la femme. Il inversa les termes : faible avec le serpent, il devint impitoyable avec la femme…
Ne nous y trompons pas, lorsque Dieu dit à la femme, à la fin du chapitre 3 de la Genèse : « l’homme dominera sur toi », ce n’est pas pour s’en féliciter mais bien pour regretter amèrement que la force de l’homme se retourne contre celle qui devait en bénéficier.

Saint Joseph, loin de dominer Marie et l’enfant Jésus, se met à leur service. Il protège Marie de l’incompréhension de ceux qui constateront sa grossesse. Il protègera l’enfant Jésus de la fureur d’Hérode et s’engagera dans son éducation avec force et douceur…
Beau modèle, messieurs, n’est-ce pas ? Alors souvenez-vous : soyez forts pour être doux. Et méditez cette réflexion du philosophe Maritain :

« Il faut avoir l’esprit dur et le cœur doux. Sans compter les esprits mous au cœur sec, le monde n’est presque fait que d’esprits durs au cœur sec et de cœurs doux à l’esprit mou.»

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          Abbé Philippe de Maistre

 

 

Les archives des feuilles paroissiales

FIP N°13 5ème dimanche de carême-mars 2021

FIP N°12 -Solennité de St Joseph-mars 2021

FIP N°7 Mercredi des cendres 17 février 2021

FIP N°6 Le cri de Job 7 fevrier2021